Retour au bureau comme avant ? Ou PRESQUE comme avant ?

Un article de Michel Wathieu - 7 septembre 2021

Depuis de nombreux mois, le télétravail a été largement promu, voire rendu obligatoire dans certains secteurs pour cause de pandémie.

 

Chacun l'a vécu à sa façon. Certains bien, d'autres moins bien.

La communication a été plutôt anxiogène pendant des mois, saucissonnant nos vies et nos rapports sociaux au gré des vagues successives d'un virus mutant.

 

On nous promet maintenant un retour à la normale et donc un retour au bureau : on va retrouver ses collègues en chair et en os, les côtoyer en 3D plutôt que dans l'aquarium de son écran ! Vive la bise du matin, la réunion autour de la machine à café, les poignées de mains franches et amicales…!

 

Mais en sera-t-il vraiment ainsi ? Si on écoute le monde qui carillonne de sons de cloches différents, les règles sont soit définitivement changées (on ne vivra plus jamais comme "avant"), soit on s'habituera à côtoyer le virus comme tant d'autres depuis l'aube de l'Humanité…

Chacun y va de sa prévision, de sa croyance. L'un le prend pour argent comptant, l'autre le prend par-dessus la jambe…

 

Comment faire pour que ces retrouvailles soient une fête et non un ramassis de contraintes – masques, distanciation physique, lavage des mains au moindre rapport ?

Comment faire pour qu'un vacciné participe à la même réunion qu'un non-vacciné – parce qu'il y en aura : problèmes de santé, âge, ou simple refus libertaire ? Comment organiser une vie sociale entre un "angoissé" et un "bon vivant" ?

 

Ce retour au bureau va-t-il engendrer la formation de tribus et de clans ? Les différences entre vaccinés et non-vaccinés vont-t-elles s'ajouter au nombreuses autres discriminations : homme-femme, noirs-blancs, riches-pauvres, homos-hétéros…?

 

Comment l'entreprise peut-elle s'y prendre pour lisser tout cela et assurer un bien-être à ses travailleurs dans tous les aspects de leurs missions. Comment va-t-elle organiser le vivre ensemble ?

 

Autant de questions et autant de réponses possibles. La vie des entreprises est très différente d'un secteur à l'autre. Certaines n'ont même jamais arrêté de travailler en présentiel et ont pris toutes les mesures de précautions exigées par les arrêtés royaux successifs…

 

Mais est-ce pour autant un retour à la normale ? Les coups de coudes, les bonjours crispés et retenus, les réunions à trois dans une salle prévue pour quinze, les plexiglas, les bouteilles de désinfectant à tous les coins de couloir, les sourires que les masques cachent… Est-cela le retour à la normale ?

 

Je ne pense pas. Et je ne sais pas quoi conseiller, étant confrontée à ces problèmes au quotidien. Dans mes consultations, les caractères, les situations familiales, les antécédents, les histoires personnelles partent en tous sens, se percutent, se contredisent ! Impossible de faire la part des choses, impossible d'imaginer cette fameuse équipe de 11.000.000, vantée à coups de pub par notre Premier.

 

Que faire ? Individuellement, il est possible de calmer des jeux tellement différents … Mais harmoniser l'entente entre tous ces points de vue, ces craintes, ces angoisses, ces attitudes tantôt cool, tantôt sectaires m'apparait comme très complexe.

 

Et là, je ne vous parle que de l'aspect sanitaire. Ajoutez-y une couche de comportements et d'habitudes prises par le travail à domicile et cela devient kafkaïen. Entre ceux qui ont apprécié le travail à domicile, ont pris goût à leur autonomie et à une certaine liberté d'horaire, sans les lourds embouteillages du matin et ceux qui sont malheureux comme les pierres de l'absence de vie sociale ou coincés dans un deux-pièces minuscule et travaillant sur leur table de cuisine… La complexité se complexifie encore.

 

L'équilibre risque d'être fragile une fois passé le plaisir des retrouvailles : peurs, suspicions, paniques… Comment va-t-on réagir lorsque quelqu'un aura une simple quinte de toux bénigne (on peut avaler de travers – ça arrive) ? Comment va-t-on regarder le collègue qui transpire, peut-être parce qu'il a simplement trop chaud ? Comment refuser poliment une poignée de main tendue ou une bise de quelqu'un qui n'est peut-être pas vacciné – puisqu'on n'en saura rien ?

 

Ou alors le saura-t-on… Et on en vient à ce fameux passeport sanitaire. Faudra-t-il l'exhiber à chaque salut, à chaque café ou carrément porter un insigne ? Ce qui aura pour effet de séparer encore plus les gens qui sont peut-être inoffensifs mais qui n'ont pas le "papier" de ceux qui l'ont ?

 

Où va-t-on ? Où ira-t-on ? Les entreprises vont avoir énormément d'éléments à gérer, à réfléchir, ET à concerter avec leur personnel. C'est inévitable : il faudra créer un consensus, un modus vivendi où chacun se sentira à l'aise et confiant, sinon ce sera explosif.

 

Difficile de terminer sur un sourire ou une bonne nouvelle… Sinon que c'est une magnifique occasion de réfléchir de façon transversale à l'organisation du travail et au bien-être de chacun.

 

Michel Wathieu - Metascreen

 

 

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