Quand le travail compresse, la communication décompresse
Retour sur la présentation du cas Ores dans le cadre du workshop ABCI "Quand le travail compresse, la communication décompresse", le 18 décembre 2025. Intervenantes : Mélanie Laroche, Spécialiste Communication Corporate chez Ores, et Hélène Renaud, Cofondatrice de l'Absolute agency, agence qui a conçu la campagne.
Le besoin de récupération, longtemps perçu comme un sujet relevant de la sphère individuelle, s'est récemment imposé comme un enjeu d'entreprise, exigeant des réponses organisationnelles.
Le diagnostic
Pour aborder efficacement la pression au travail, un diagnostic est essentiel. Il est important de s'attaquer à la perception collective et systémique de la pression. Confrontée à cette situation, l'entreprise Ores a reconnu que le besoin de récupération était devenu un véritable "défi collectif". L'équipe de communication a pris la décision d'aborder le problème "de front, avec lucidité et créativité". L'enjeu était de trouver un moyen de rendre la pression visible sans stigmatiser ni les individus ni l'organisation.
La clé de voûte de leur approche fut l'élaboration d'une métaphore : le "travail compressé". En s'inspirant des célèbres sculptures de l'artiste César, cette image a permis de donner une forme tangible et symbolique à une pression jusqu'alors ressentie de manière diffuse et individuelle. Le "travail compressé" est devenu un un symbole partagé qui valide le ressenti des collaborateurs et ouvre un espace de dialogue déculpabilisé.
César (César Baldaccini, dit) (1921, France - 1998, France) Compression "Ricard" [1962]
Objectif décompression
Rendre le problème visible
La métaphore du "travail compressé" a offert un point d'entrée accessible et visuellement percutant. Elle constate un état de fait, une force collective qui s'exerce sur tous, et invite à réfléchir ensemble aux moyens de "décompresser".
De la sensibilisation à l'action
Pour donner vie à cette métaphore, Ores a déployé une campagne interne tout au long de l'année 2024. L'objectif était de créer un environnement immersif qui ne se contente pas d'informer, mais qui engage et outille les collaborateurs en mêlant "concepts inspirants et solutions concrètes". Les actions menées incluaient :
- Campagne visuelle
- Happening
- Podcasts d’experts
- Conférences
- Témoignages
- Contenus de sensibilisation
Transformer les relais en facilitateurs
L'équipe de communication a mis en place une tactique spécifique pour engager le corps managérial : d'abord, un mail a été envoyé à tous les managers pour les informer de l'envoi imminent d'une brochure sur le sujet à l'ensemble des collaborateurs. Il leur a été explicitement demandé de "mettre un climat de confiance et pour aussi avoir des discussions, ouvrir les discussions lors de vos réunions d'équipe."
En conclusion
En donnant un nom et une forme à la pression, la communication a permis de la rendre gérable. Cette démarche ouvre une réflexion sur le potentiel de la fonction communication. Si elle peut "décompresser" le travail, quelles autres tensions organisationnelles invisibles (la méfiance entre les silos, la résistance passive au changement, la perte de sens diffuse) peut-elle apprendre à matérialiser pour mieux les résoudre ?
En définitive, l'enjeu pour les communicateurs de demain est de devenir de véritables initiateurs de dialogue, capables non seulement de transmettre l'information, mais surtout de donner du souffle, de la cohérence et du sens à l'expérience collective au travail.


