Nicole D'Almeida au Printemps de l'ABCi : une vision sociologique et artistique de la communication interne

Un article de Estelle Fontinoy - 1 avril 2019

Le 21 mars 2019 avait lieu le Printemps de l'ABCi. L’invitée d’honneur était Nicole D’Almeida, professeure à la Sorbonne, auteure de nombreux livres et membre de l’AFCI. Estelle Fontinoy, stagiaire chez Moodfactory, assistait à cette rencontre. Nous lui avons proposé de prendre la plume afin de partager les points marquants de ce témoignage.

Ce ne sera pas une surprise si je vous énonce que nous vivons dans un monde de plus en plus complexe. La culture de l’instantanéité, la mobilité du travailleur et la diversification des tâches à accomplir ont complètement bouleversé notre environnement de travail.

Nicole D’Almeida a explicité comment ce contexte a profondément transformé les structures de communication. Nous n’avons plus un, mais une pluralité d’acteurs qui communiquent. Les managers se sont professionnalisés dans leur rôle de communicateur. Les instances de médiation du personnel, les syndicats et autres sont devenus des acteurs incontournables, avec qui il faut travailler main dans la main.

Aujourd’hui, la communication ne doit plus simplement se soucier de monter ou de descendre les escaliers, finalement le sens compte moins, c’est la capacité de donner la parole à tous les acteurs qui compte.

Face à ces défis, l’approche artistique offre une perception très riche et très complète du monde de l’organisation. Le roman d’entreprise est devenu une littérature très prolifique (ndlr : voir à ce sujet l'article que nous consacrions aux romans d'entreprise il y a quelques temps).

L’amour n’est plus le centre des lectures, mais ce sont les œuvres autour du travail, de la violence et du crime qui ont pris la relève.  

C’est l’approche cinématographique de Nicole D’Almeida que j’ai particulièrement appréciée lors de son exposé. Elle nous a présenté comment le travail des frères Dardenne s’est adapté aux évolutions de la société.

A travers leur film « Deux jours, une nuit », réalisé en 2014, les frères Dardenne dénoncent la baisse de cohésion et de solidarité entre travailleurs. On assiste au désenchantement du lieu de travail. La gestion du dilemme est intériorisée et le statut de l’argent apparaît comme facilitateur de la vie familiale et individuelle mais aussi comme une source d’exclusion. L’entreprise a un aspect faussement démocratique. La parole s’affirme comme la seule et véritable solution.

Face à ces observations, quels sont les horizons possibles ? Il n’existe pas de bonnes ou de mauvaises entreprises mais seulement des pratiques inspirantes tirées de l’expérience. Comme les frères Dardenne l’exposent dans leur film, discuter ensemble est plus important que jamais. L‘entreprise délibérée propose de refonder l’organisation sur base de dialogue.

L’entreprise humanisée suit le même chemin, elle renoue avec sa force sociale et sa force de travail au travers de la parole.

Les gilets jaunes, à travers leurs saccages, ont dévoilé au grand jour leur haine contre les marques. Mais la marque, c’est de l’emploi. Un emploi dénué de sens ? Le ré-enchantement des organisations est nécessaire, d’où l’importance de renforcer le sentiment d’appartenance des employés.

Nous devons remettre en question les processus soi-disant démocratiques de nos organisations. Mais avant tout, il faut remettre l’être humain au centre de celles-ci. La véritable source de sens et de compétences en organisation, c’est l’autre.

Humaniser les organisations, c’est favoriser les rencontres formelles et informelles, pas seulement au travers des canaux digitaux mais aussi par des rencontres physiques, comme par exemple l’événementiel interne. Travailler dans la communication interne à cette époque, en fait, c’est une opportunité en or. Est-ce que l’essence même de notre métier n’est pas de favoriser les relations ou les liaisons avec autrui ?


Commentaires (2)

9 avril 2019 16:11

Jérôme Lomba a dit

"Les gilets jaunes, à travers leurs saccages, ont dévoilé au grand jour leur haine contre les marques. Mais la marque, c’est de l’emploi."

2 remarques relatives à cet extrait :

1) En raison de sa nature protéiforme et magmatique, le mouvement des gilets jaunes ne peut être réduit à une masse violente et haineuse. Notez par ailleurs que la pertinence de la violence ne s’évalue pas dans l’absolu mais dans le concret d’une situation.

2) La marque, ce n’est pas uniquement de l’emploi. Elle peut également évoquer des thématiques socialement et politiquement sensibles : évasion fiscale, exploitation humaine - en ce compris infantile, gestion irraisonnée des ressources naturelles, scandales sanitaires, faillite de commerces locaux, etc.

9 avril 2019 16:12

Jérôme Lomba a dit

"Les gilets jaunes, à travers leurs saccages, ont dévoilé au grand jour leur haine contre les marques. Mais la marque, c’est de l’emploi."

2 remarques relatives à cet extrait :

1) En raison de sa nature protéiforme et magmatique, le mouvement des gilets jaunes ne peut être réduit à une masse violente et haineuse. Notez par ailleurs que la pertinence de la violence ne s’évalue pas dans l’absolu mais dans le concret d’une situation.

2) La marque, ce n’est pas uniquement de l’emploi. Elle peut également évoquer des thématiques socialement et politiquement sensibles : évasion fiscale, exploitation humaine - en ce compris infantile, gestion irraisonnée des ressources naturelles, scandales sanitaires, faillite de commerces locaux, etc.

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