La narratologie, le photo langage et la systémique au service de la communication interne
Retour sur l'atelier ABCi du 4 septembre 2026 avec Véronique Schermant et Philippe Brasseur

Nos organisations ne souffrent pas d'un déficit de communication. Elles souffrent d'un déficit de récits et de sens.
C'est autour de cette conviction que s'est articulée la journée organisée par l'ABCI le 4 septembre à Bruxelles, animée par Véronique Schermant, cofondatrice du Labo Narratif et des Filles du Baobab, et Philippe Brasseur, spécialiste de la pensée visuelle.
Malgré la multiplication des canaux, newsletters, vidéos, intranets ou campagnes internes, l'engagement dans les organisations recule. Plus les organisations communiquent, moins elles semblent être entendues. L'infobésité, le désengagement, la fatigue organisationnelle et la méfiance envers les discours institutionnels témoignent des limites d'un modèle centré sur la diffusion descendante.
L'enjeu n'est donc plus de produire davantage de contenus mais de créer les conditions d'un dialogue réel. La communication interne est appelée à passer d'une logique de diffusion à une logique de facilitation.
Du récit dominant aux récits vécus
Les approches présentées durant l'atelier s'appuient notamment sur les travaux de Michael White. Michael White propose un déplacement décisif : la personne n'est pas le problème, le problème est le problème.
Plutôt que d'étiqueter un groupe comme « toxique » ou « réfractaire », l'approche narrative consiste à externaliser la difficulté. On ne lutte plus contre des personnes mais contre « le Cynisme », « l'Urgence permanente » ou « le Silo ». Ce changement de regard permet d'aborder les tensions de manière plus constructive et de restaurer la capacité d'action des collectifs.
Pourquoi tant de démarches échouent
L'un des apports les plus utiles de la journée fut la lecture des situations à travers les niveaux logiques de Robert Dilts.
Trop souvent, les organisations répondent à des problèmes d'identité, de valeurs ou de croyances avec des solutions d'environnement ou de communication.

Quand des collaborateurs se demandent ce que leur travail apporte encore, une campagne d'affichage ou plus de news intranet produisent peu d'effet. Quand la conviction s'installe que la qualité est sacrifiée aux indicateurs, un tableau de bord supplémentaire ne résout rien.
Le problème est l’écart entre le niveau du problème et le niveau de la réponse.


La communication facilitative cherche précisément à agir sur les représentations, les croyances et les récits qui structurent les comportements.
Le photolangage : contourner les réponses convenues
L'atelier a également mis en lumière l'intérêt du photolangage.

L'image agit comme un médiateur. Elle permet d'aborder des sujets sensibles sans confrontation directe et facilite l'expression de réalités parfois difficiles à verbaliser.
L'expérience a rappelé qu'une image ne porte pas de sens en soi. Le sens émerge de l'échange entre la personne, l'image et les questions du facilitateur. Cette médiation favorise l'émergence de perceptions, de tensions et de paradoxes souvent absents des discours institutionnels.
Ce que les communicants peuvent faire dès maintenant
Trois pistes concrètes émergent de la formation :
· Remplacer les questions générales par des récits d'expériences vécues, en demandant des situations précises plutôt que des opinions abstraites.
· Externaliser les problèmes collectifs pour analyser leurs mécanismes plutôt que désigner des responsables.
· Utiliser le photolangage ou d'autres médiations visuelles pour faciliter l'expression des tensions et des dilemmes.
La communication comme acte de facilitation
L'enseignement majeur de cette journée est sans doute celui-ci : la communication interne ne peut plus se limiter à transmettre des messages.
Sa valeur réside de plus en plus dans sa capacité à faire émerger les récits du terrain, à organiser l'écoute et à rendre les tensions discutables. Le communicant interne est aussi un facilitateur capable d'aider l'organisation à mieux comprendre ce qu'elle vit réellement.


