Le délégué syndical, partenaire incontournable du communicateur interne ?
Plus de 50% des travailleurs belges sont syndiqués. Composer avec les représentants du personnel s’avère donc des plus utiles pour bien communiquer en interne. Rencontre avec quelques spécialistes pour connaître leurs points de vue et en tirer de bonnes pratiques.
QUAND TOUT VA BIEN ...
Les délégués syndicaux collaborent avec les communicateurs internes. Ils se concentrent sur les matières sociales et laissent le champ libre aux communicateurs sur les autres sujets. C’est le cas chez Carsid, spécialisé dans l’acier à Marcinelle.
La Responsable Communication, Caroline Marlair, en témoigne :
« Nous organisons des choses avec les syndicats en collaboration avec les ressources humaines. Le dialogue prime toujours avant toute action. Pour l’instant - vu l’arrêt actuel de nos activités pour des raisons économiques - quand nous préparons des communiqués de presse, quand nous annonçons des nouveautés au Conseil d’entreprise ; notre communiqué de presse est systématiquement diffusé ensuite aux délégués et à la presse. Ils l’utilisent pour leurs communications… Ils gèrent parallèlement leur propre communication sur les causes qu’ils défendent. Nous les aidons parfois »[1].
Communiquer mieux et plus vite qu’eux
D’autres vivent plutôt cette relation dans la rivalité… C’est le cas de Charles Frajlick, formateur en relations syndicales chez Frajlick Communications. Il est intervenu comme consultant en période de conflit social dans différentes entreprises: « Le délégué syndical, il fait son métier. L’entreprise ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse c’est le personnel. Et il est souvent en campagne électorale. Pour composer avec les délégués, il faut d’abord les accepter, même si vous ne les appréciez pas. Donner l’information à l’avance aux syndicats est une erreur. La Direction doit d’abord informer les cadres, ensuite les syndicats et le personnel 2 ».
Et Hendrik Van den Bempt, ancien Directeur des Ressources Humaines chez Volkswagen et formateur en relations syndicales chez Ifbd, d’ajouter :
« On néglige souvent les communications vers le management concernant les aspects sociaux. Il est pourtant important qu’ils comprennent les décisions prises par leur Direction, qu’ils deviennent des alliés convaincus et représentent la Direction auprès du personnel. Ils ont un rôle social à jouer 3 ».
Collaborer pour éviter les malentendus
De l’autre côté de la « barrière », les opinions varient également du tout au tout.
Certains délégués collaborent effectivement constructivement, comme on l’a vu chez Carsid. Dans d’autres cas, représentants du personnel et communicateurs fonctionnent parallèlement mais sans inimitié aucune. Et, enfin, les « purs et durs » communiquent en solo afin de mettre en avant leurs prises de position, leurs actions et de contenter leurs affiliés. Dans des cas extrêmes, ils estiment que c’est à eux seuls d’informer le personnel et ils refusent toute collaboration avec les personnes en charge de la communication ; allant même jusqu’à leur mettre des bâtons dans les roues.
Frédéric De Clerck, Secrétaire permanent à la CGSLB, nous donne son opinion : « Les responsables de la communication interne n’aiment pas trop avoir de contacts avec les syndicats. Généralement, les Directions refusent d’aider les délégués syndicaux à communiquer. De temps en temps, ils collaborent quand il faut communiquer sur des conventions qui viennent d’être signées. … Une collaboration serait bénéfique si chacun pouvait passer ses messages. Il est vrai que quand communicateurs, directions et délégués préparent un texte ensemble ; il leur faut des heures pour se mettre d’accord ».
Et d’ajouter : « Une collaboration sur les matières sociales, mais aussi plus large sur les autres thématiques, permettrait de renforcer les messages vers le personnel car les délégués les soutiendraient aussi. Tout le monde y gagnerait. Quand les délégués ne sont pas mis dans la boucle des communications de l’entreprise, ils comprennent parfois mal les messages et relaient une mauvaise information au personnel 4 ».
[1] 2 3 4 5 Extraits du livre « Bonnes pratiques de communication », Laurence Jados, Edipro, Liège, 2011, p. 65 à 76.

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