MEDIAS SOCIAUX: Faut-il les bloquer?
Les anecdotes de dérapages impliquant notamment des adeptes de Facebook foisonnent. Pour ou contre le blocage de l’accès aux réseaux sociaux au travail ?
Après l’effervescence liée à la découverte de Facebook, le réseau social a aujourd’hui plutôt tendance à être synonyme de gueule de bois. Les dérapages se multiplient et ce, dans tous les domaines. Dans le judiciaire, comme en témoignent les récents problèmes de Danièle Reynders. La procureur du Roi s’était déclarée notamment ‘fan’ de son frère Didier… ce qui a suscité des questions sur son impartialité dans certaines affaires. Au point qu’une députée envisage de « réguler le réseau social ». Dans le domaine de l’enseignement, en Flandre, une institutrice n’a pu reprendre ses cours, parce qu’elle était ‘amie ‘avec des élèves sur Netlog et avait discuté avec eux pendant les vacances. Une sanction radicale qui démontre une incompréhension du fonctionnement du réseau.
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Jacques Folon : « Les entreprises ont de plus en plus tendances à vouloir contrôler le courrier électronique. » |
Naïveté
Le monde de l’entreprise n’y échappe pas. « Il est arrivé qu’un employé en congé maladie raconte sa virée à la mer ce jour-là sur Facebook… avec les conséquences que vous imaginez, lance Jacques Folon. Plus simplement, il est aussi possible que quelqu’un évoque une réunion d’affaires avec tel ou tel partenaire… ce qui peut être de l’eau bénite pour un concurrent.» Professeur à l’Ichec et à l’Université de Metz, notamment, Jacques Folon est un spécialiste des droits intellectuels… ce qui l’a amené tout naturellement à s’intéresser aux nouvelles technologies. Un domaine en plein boom. « Les entreprises sont de plus en plus inquiètes de l’impact de la participation aux réseaux sociaux durant les heures de travail. Et elles ont de plus en plus tendances à vouloir contrôler le courrier électronique. » Ainsi, aux Etats-Unis, 33% des entreprises de plus de 1000 personnes auraient créé une fonction consistant à vérifier les emails sortant du personnel. Et 17% contrôlent les informations postées sur Facebook et autres réseaux sociaux…Mais si elles bloquent l’utilisation, les entreprises l’utilisent abondamment pour leur communication externe – elles seraient quelque 40 % à le faire. « Et la tendance est la même chez nous », assure Jacques Folon.
Bonne conduite
« En Belgique, le contrôle des communications électroniques ne peut se faire que dans les conditions strictes de la convention collective de travail n°81, prévient Jacques Folon. Le contrôle n’est possible qu’en cas de criminalité informatique, d’actes illégaux, de divulgation de secrets d’entreprise ou d’infraction aux règles de bonne conduite. » Ce dernier cas est évidemment le plus flou et l’idéal est de lister a priori ce que l’on ne peut pas faire dans une charte – sans oublier d’en informer le personnel. Dans le même ordre d’idée, dans le Standaard, le professeur Patrick Van Eecke (Université d’Anvers) suggère de faire signer aux travailleurs un ‘social media chapter’, à côté de leur contrat de travail. »
Ceci dit, Jacques Folon conseille de limiter ce contrôle au maximum. « N’assiste-t-on pas aux même réactions que celles qui sont apparues avec la découverte du téléphone ou, plus près de nous, de l’email ? Il est normal que nous passions par une phase d’apprentissage de ce nouveau média. Mais l’interdire serait inefficace. » Pour plusieurs raisons. Pratique d’abord ; La portabilité d’internet fait que les employés ne sont plus obligés de passer par leur PC pour y accéder. Un I-phone et hop….
Des raisons de bonne gestion ensuite. Car Facebook peut aussi participer à une meilleure productivité. « Les réseaux sociaux sont surtout utilisés par les jeunes travailleurs, nés après 1980 – ceux qu’on appelle la génération Y. Cette génération se caractérise par une connectivité permanente et davantage de perméabilité entre les sphères privées et professionnelles. OK, untel va chatter pendant les heures de bureau. Mais le même achèvera son dossier à temps en le bouclant et l’envoyant à minuit. Où est le mal ? » Un point de vue soutenu par Jean-Yves Huwart (www.entrepriseglobale.biz) : « un contrôle très strict risque à terme de décourager et de démotiver les employés. Il faut y préférer la voie de la responsabilisation, via une éducation à la bonne utilisation des médias. Quitte à prendre quelques risques.
Coin café virtuel
Mais les opportunités en valent la peine. » Un contrôle strict risque tout au plus d’effrayer les employés… qui éviteraient d’utiliser un outil susceptible d’améliorer productivité et innovation. « Les nouvelles technologies ne vont pas disparaître, confirme le professeur Van Eecke. Autant se les approprier de manière intelligente. Par exemple en créant un ‘coin café’ virtuel sur Facebook. Et en conseillant aussi aux employé de créer, à côté de leur profil privé, un profil professionnel. Où ils ne s’appelleraient plus Patrick ou Isabelle, mais Monsieur Van Eecke ou Madame Durant… »

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